Majorana 2 : Microsoft vient de modifier le calendrier de l’informatique quantique

10 juin 2026

Majorana 2 : Microsoft vient de modifier le calendrier de l’informatique quantique

Microsoft vient de dévoiler le Majorana 2, son tout nouveau puce quantique topologique, et l’annonce s’accompagne d’une affirmation ambitieuse : l’entreprise pense pouvoir livrer un ordinateur quantique évolutif d’ici 2029. Cela signifie réduire de moitié le délai qu’elle s’était fixé auparavant.

Pour les développeurs qui suivent les avancées du matériel quantique, ce lancement mérite une attention particulière. En effet, le saut entre le Majorana 1 et le Majorana 2 n’est pas incrémental, c’est selon Microsoft une avancée mille fois plus fiable.

Des millisecondes à près d’une minute entière

L’un des principaux ennemis de l’informatique quantique est l’instabilité des qubits. Ils doivent rester cohérents suffisamment longtemps pour exécuter des opérations utiles, et historiquement, ce temps est mesuré en fractions de seconde extrêmement courtes.

Dans le Majorana 2, les qubits restent actifs en moyenne pendant environ 20 secondes. Dans quelques cas isolés, ils atteignent même une minute entière. Cela marque un véritable tournant pour le domaine, car le Majorana 1 ne tenait les qubits que quelques millisecondes.

Ainsi, lorsque Microsoft évoque une fiabilité mille fois supérieure, ce n’est pas du simple marketing : c’est une métrique directement liée à la durée de cohérence.

Qu’est-ce que les topoconducteurs et pourquoi cela compte

Le Majorana 2 introduit une nouvelle catégorie de matériaux appelée topoconducteurs. Il s’agit d’un état de la matière distinct des solides, des liquides et des gaz, un état topologique qui permet d’obtenir une supraconductivité topologique.

Concrètement, cette architecture protège les qubits des interférences externes. De plus, le nouveau puce remplace l’aluminium du Majorana 1 par un supraconducteur au plomb. Selon Chetan Nayak, ingénieur chez Microsoft responsable du projet, ce changement aide à « protéger les qubits fragiles des perturbations cosmiques qui peuvent les rendre instables ».

Nayak a décrit ce changement comme « plutôt significatif » et a souligné qu’il a engendré « de grandes améliorations dans la qualité du dispositif ».

12 qubits semblent encore peu ? Tout dépend de l’endroit où l’on regarde

Il est vrai que le Majorana 2 opère avec 12 qubits. Le Majorana 1 avait atteint 8. Comparé aux processeurs quantiques comptant des centaines de qubits chez IBM ou Google, ce chiffre peut sembler modeste.

Pourtant, l’approche topologique adoptée par Microsoft est fondamentalement différente. Tandis que les concurrents font face à des taux d’erreur extrêmement élevés et nécessitent de multiples qubits physiques pour représenter un seul qubit logique, l’architecture topologique promet des qubits intrinsèquement plus stables.

En somme, Microsoft bâtit une base plus solide, sans pour autant viser immédiatement une croissance exponentielle du nombre.

La feuille de route jusqu’en 2029 : un processeur d’un million de qubits

Depuis le lancement du Majorana 1, en février 2025, Satya Nadella avait déjà déclaré que Microsoft disposait « d’un chemin clair vers un processeur d’un million de qubits ». Le Majorana 2 vient confirmer cette trajectoire.

L’objectif pour 2029 est de livrer un ordinateur quantique évolutif, non pas seulement un laboratoire expérimental, mais une machine ayant une valeur commerciale et sociétale réelle. Nayak a été clair : « Nous devons réaliser des améliorations chaque année qui nous rapprochent de la livraison d’un ordinateur que nous pensons être d’une valeur commerciale et sociale considérable. »

Ainsi, chaque itération du chip Majorana sert de jalon public dans cette progression.

Pourquoi le nom Majorana ?

Les puces portent le nom de la particule Majorana, autrefois purement hypothétique et que Microsoft affirme désormais avoir démontrée expérimentalement. Ce type de particule est fondamental pour la physique qui sous-tend l’informatique topologique.

L’idée centrale est que les particules Majorana pourraient être utilisées pour encoder l’information quantique de manière naturellement protégée. Autrement dit, la protection contre les erreurs provient de la physique elle-même, et non seulement de corrections logicielles appliquées à un matériel instable.

Ce qu’il faut suivre à l’avenir

Pour les développeurs qui travaillent ou envisagent de travailler dans l’informatique quantique, certains points méritent une attention particulière dans les mois qui viennent :

Le premier est l’évolution du nombre de qubits stables, plus que le décompte brut ; ce qui compte, c’est le nombre de qubits logiques fiables que l’architecture topologique peut soutenir. Le deuxième est l’intégration avec Azure Quantum, qui devrait constituer le canal par lequel Microsoft va mettre ce matériel à disposition. Le troisième est la publication de benchmarks comparatifs avec les architectures supraconductrices classiques.

Computação quântica está saindo do “talvez” para o “quando”

Pendant des années, l’informatique quantique a évolué entre promesse et réalité. Avec le Majorana 2, Microsoft parie que le tournant est plus proche que ce que le marché suppose.

De plus, en réduisant son propre calendrier de moitié, l’entreprise met sa crédibilité sur la table. Si l’architecture topologique se révèle évolutive, l’impact ira au-delà du seul matériel : il modifiera ce qui peut être calculé dans des domaines comme la logistique, la simulation moléculaire, la cryptographie et l’intelligence artificielle.

Pour l’instant, le Majorana 2 est une puce comptant 12 qubits et pouvant durer jusqu’à une minute. Mais compte tenu de l’endroit où elle se trouvait il y a un an, ce progrès est tout sauf anodin.

Fabien Delpont

Auteur

Fabien Delpont

Fabien Delpont, développeur et créateur du site Python Doctor.