Il branche un vieux téléphone de 2011 sur son installation solaire et sʼen sert encore aujourdʼhui pour piloter toute sa maison

12 août 2026

Il branche un vieux téléphone de 2011 sur son installation solaire et sʼen sert encore aujourdʼhui pour piloter toute sa maison

Dans un coin du salon, un petit rectangle de plastique, daté de 2011, continue de pulser une énergie discrète mais déterminée. À son écran, une mosaïque de tuiles colorées, et derrière, une maison entière qui obéit, du portail au chauffe‑eau, en passant par la pompe du jardin. L’objet n’a rien d’un gadget flambant neuf: c’est un téléphone oublié, greffé à une installation solaire, réanimé par quelques scripts et beaucoup de patience.

Un cerveau oublié branché au soleil

Le téléphone, un modèle Android d’époque Gingerbread, est alimenté en 5 V via un convertisseur DC‑DC branché sur le bus 48 V des batteries solaires. Pour éviter la chaleur et l’usure, la batterie a été retirée et remplacée par un module « battery bypass » compatible OTG. « J’ai préféré un système local et frugal à une box moderne qui fait tout, mais dépend du cloud », explique Julien.

Côté liaisons, un adaptateur USB‑RS485 relie le téléphone à l’onduleur solaire via le Modbus, tandis qu’un broker MQTT tourne en local sur un mini‑serveur fanless. Le smartphone publie les mesures (production, tension, état des batteries) et reçoit des ordres pour piloter relais, volets et éclairage. « Avec Termux, Tasker et quelques scripts Python, on compose une colle logicielle étonnamment solide », sourit‑il.

Du bricolage à la stabilité

Les débuts ont été rugueux, entre gels aléatoires et écran qui marque en kiosque. Julien a ajouté un petit radiateur autocollant, activé un mode lecture à 1 % de luminosité, et branché un capteur PIR pour n’allumer l’écran qu’à la présence. « Depuis, ça tourne 24/7, et je redémarre une fois par semaine via un cron maison », affirme‑t‑il.

Pour protéger la mémoire, le système bascule en lecture seule après boot, les logs partent vers le broker, et les apps restent gelées hors mises à jour. L’ensemble a survécu à deux étés caniculaires, grâce à une simple grille d’aération et un support imprimé en 3D, vissé au mur près du tableau électrique.

Une maison low‑tech qui obéit

Le tableau de bord affiche des cartes simples: production solaire en temps réel, état des circuits, boutons de scènes « soirée », « lessive », « absence ». L’automatisation n’est pas tapageuse: elle coupe le ballon d’eau chaude si les nuages persistent, ouvre les volets côté est à l’aube, et retarde la pompe du puits si la batterie descend sous 40 %.

« Je voulais une domotique qui accepte le silence des coupures réseau, pas un château de cartes connecté à tout », résume Julien. En pratique, le téléphone orchestre:

Sobriété numérique, vraie longévité

L’appareil consomme environ 1 à 2 watts écran éteint, soit une dizaine de kWh par an, là où un mini‑PC « toujours on » frôle les 80 kWh. Le calcul est sec: moins de bruit, moins d’argent, autant de résilience. « C’est l’opposé de l’obsolescence programmée: j’enlève des couches, je garde l’essentiel », souffle‑t‑il.

La confidentialité est native: pas de flux vers des serveurs tiers, pas d’apps qui parlent la nuit. Un VLAN sépare les objets connectés, un pare‑feu bloque les ports bavards, et un WireGuard ouvre une porte chiffrée depuis l’extérieur. Les automatismes restent locaux: si Internet tombe, la maison continue de vivre.

Comment reproduire l’idée chez vous

Le cœur du truc, c’est de viser la sobriété plutôt que la course à l’équipement. Un vieux smartphone fait l’affaire si vous validez: OTG actif, Wi‑Fi fiable, et un Android assez récent pour Termux, Tasker ou un tableau de bord en mode kiosque. Reste à choisir un hub (Home Assistant, openHAB) et des modules compatibles MQTT ou Zigbee.

Côté électricité, préférez un convertisseur DC‑DC de qualité, fusible en ligne, et câblage soigné. Si vous retirez la batterie, renseignez‑vous sur le bypass propre à votre modèle. Et, règle d’or, ne bricolez jamais le 230 V sans compétences certifiées ou l’aide d’un pro.

« Le plus dur, c’est de ne pas complexifier », admet Julien. Il conseille de partir d’un seul usage utile – par exemple l’eau chaude sur surplus solaire – puis d’ajouter une brique par mois, pas plus. Chaque ajout doit survivre au hors‑ligne, sinon on retire.

Au final, ce petit écran granuleux a trouvé une seconde vie: pas comme relique, mais comme chef d’orchestre discret d’une maison plus sobre. Là où d’autres voient un vieux téléphone, Julien a vu une charnière entre le soleil, des scripts malins, et la beauté du réemploi quotidien. « Quand je touche ce truc, je sais ce qui s’y passe. Et c’est sans doute la plus belle des innovations. »

Fabien Delpont

Auteur

Fabien Delpont

Fabien Delpont, développeur et créateur du site Python Doctor.